lundi 14 avril 2014

Hydrogénés les français ? Par quoi donc ?

A London, jeudi 4 avril,dans le bureau du maire a été lancé le projet HY Five Hydrogen for Innovative Vehicles ) associant 5 constructeurs automobiles: BMW, Daimler, Honda, Hyundai et Toyota, 6 pays européens  Grande Bretagne, Danemark, Suède, Allemagne, Autriche et  Italie, les sociétés Air Products, Copenhagen Hydrogen Network, ITM Power, Linde, OMV
Après les tests concluants du projet Hy Ways ( autoroutes à Hydrogène ) effectués durant 3 ans en Europe du nord, il s'agit de vulgariser la mobilité électrique de véhicules alimentés par des piles à combustible à hydrogène. Ce sont 110 véhicules, dont 75 Hyundai ix35 , qui sillonneront les routes européennes en passant par  Londres,  Copenhague,  Stuttgart,  Munich,  Innsbruck,  Bolzano, dans le cadre d'un projet FCH JU (Fuel cells and hydrogen - Joint undertaking)  de démonstration à grande échelle de la prochaine génération de véhicules à hydrogène en mettant ces flottes en démonstration sur ces différents  sites ; l'Union Européenne finance la moitié des 40 millions d'euros.

Surprenante absence de la France et des industriels français dans ce projet. 


Aucun constructeur, aucun énergéticien tricolore, n’apparaît dans ce projet, étonnant quand on connait les compétences développées par nos chercheurs et nos entreprises. 

Par exemple :
Mc PHY par sa remarquable entrée en Bourse, en mars 2014, vient de lever  32 Millions d'€ "qui lui permettront de mettre en oeuvre son plan de développement stratégique :
- en accélérant son déploiement commercial sur les territoires-clés d’ Amérique du Nord, de l’Asie, de l’Europe de l’Est et de la Russie, ainsi que du Moyen-Orient et de l'Afrique
- en renforçant ses infrastructures de fabrication industrielle d' équipements de production et de stockage d'hydrogène,
- en intensifiant le déploiement industriel de sa technologie exclusive de stockage de l'hydrogène sous forme solide, et le développement de sa gamme d’électrolyseurs à destination des marchés de l’énergie, de la mobilité automobile décarbonée et de l’industrie."
AIR LIQUIDE : "Au delà des innovations sur le stockage H2 ainsi que sur les piles à combustible pour site isolé et chariot élévateur via sa filiale Axane et la co-entreprise Hypulsion, Air Liquide a mis au point des stations de distribution qui permettent de remplir le réservoir des véhicules avec de l'hydrogène gazeux en moins de cinq minutes et à une pression allant jusqu'à 700 bar.  
Plus de 60 stations Air Liquide, pour voitures, bus et chariots élévateurs, ont déjà été déployées dans le monde.

Et pourtant en consultant l'info maison on apprend: 

Air Liquide participe activement à la mise en place d’une filière et à la généralisation de l’utilisation de l’hydrogène pour une mobilité propre notamment en participant à de grands projets de démonstrations internationaux (Programme Horizon Hydrogène Energie, H2 Mobility, CEP, CHIC…). 
Depuis juillet 2011, Air Liquide préside la plateforme technologique européenne dédiée à la recherche et à la mise sur le marché des technologies Piles à combustible et Hydrogène (Fuel Cells & Hydrogen Joint Undertaking). "
A ce titre AIR LIQUIDE est associé au programme allemand de construction d'un réseau de 400 sations de distribution d'hydrogène

MICHELIN: "Michelin a engagé très tôt ses efforts en Recherche & Développement en ce sens, ce qui lui permet de disposer aujourd’hui d’une expertise inégalée en la matière. Michelin Recherche et Technique SA, centre d’innovation du groupe Michelin dans la mobilité durable, mène depuis plusieurs années des programmes de mise au point de solutions novatrices, opérant des ruptures technologiques, comme les ensembles « In-Wheel Motors » ou la pile à combustible. 
Ses roues motorisées électriques équipent des véhicules  démonstrateurs et ses  technologies H2 (piles à combustible  et stockage de gaz) ont déjà été testées sur route et même en vol. "Malheureusement, comme le révèle le rapport parlementaire  Au sujet des lourdeurs  administratives et retards pris  par la filière H² en France ,remarque  du sénateur Pastor lors de la discussion du rapport : 
"Dans tous les cas, il importe cependant de réduire les obstacles et barrières administratives qui entravent l’innovation. Prenons l’exemple de Michelin : l’entreprise a développé, à Clermont-Ferrand, un moteur placé dans chacune des roues de l’automobile et destiné à assurer une meilleure adhérence à la route. Il s’agit d’un moteur électrique alimenté par une pile à combustible et une réserve d’hydrogène. Au bout de cinq années de démarches vaines auprès de l’administration française pour développer ce procédé, Michelin a délocalisé son équipe à Fribourg où toutes les autorisations ont été obtenues en trois mois. Désormais, les brevets sont suisses ainsi que les plaques d’immatriculation des véhicules équipés de cette innovation. L’un d’entre eux sera présenté le 20 janvier 2014. Au moment où l’on parle de relancer l’économie et en particulier l’économie verte, il faut que le ministre le voie ! Quant à nous, parlementaires, lorsque la réglementation bride l’innovation et pénalise les entreprises, il nous revient de le crier haut et fort. À ce sujet, je rappelle qu’en Allemagne la réglementation sur l’hydrogène est la même que pour les autres gaz énergétiques. "

RENAULT NISSAN : Pour son PDG Carlos Ghosn "La seule solution c’est la voiture zéro émission dont la première vague est la voiture électrique, la deuxième vague sera la voiture pile à combustible, c’est à dire à consommation d’hydrogène. »  , pour le Vice Président de Nissan Mitsuhiko Yamashitade « Les véhicules électriques à pile à combustible sont de toute évidence la prochaine étape qui viendra en complément des véhicules électriques à batterie, dans notre industrie qui ambitionne une mobilité plus durable ». Les constructeurs ont d'ailleurs signé un accord tripartite avec Daimler et Ford  pour accélérer le développement des voitures à pile à combustible hydrogène en mutualisant leurs ressources.

Un choix délibéré du Comité des Constructeurs d'Automobile: Inquiétant !

Extrait du rapport  des Ateliers de la Filière Automobile du 4/10/13 :
"Les premiers Ateliers de la Filière Automobile, organisés par la PFA (Plateforme de la Filière Automobile) à Paris les 2 et 3 octobre, ont réuni plus de 700 participants venus de la France entière. 
Ils ont notamment fait le point sur le véhicule 2 l/100 km, l’un des programmes majeurs sur lesquels travaillent ensemble constructeurs et équipementiers. Les intervenants ont souligné que l’objectif de consommation de 2l/100 km d’ici à 2018-2020 ne passerait pas par une réelle rupture technologique afin que les véhicules soient commercialisés à un prix abordable de l’ordre de 15 000 euros.
Le programme « véhicule à 2l/100km » a été lancé début 2013. Traduit en termes d’émissions de CO2, cet objectif correspond à des rejets moyens de 50 g de CO2/km (46,4 g/km pour un véhicule à essence, 53 g/km pour un véhicule diesel), bien plus ambitieux que celui fixé par l’Union Européenne pour 2020 (encore en débat) de 95 g/km.
Pour y parvenir, constructeurs et équipementiers ont exclu de leur champ de recherche des technologies de rupture telles que l’hydrogène  pour être capable d’apporter un véhicule à un prix abordable. « Il faut que nous puissions proposer un véhicule consommant 2l/100 km à 12 000, 15 000 euros », a indiqué Philippe Doublet, secrétaire général de la recherche et du plan technologique de Renault. Les recherches porteront donc sur la réduction du besoin énergétique global du véhicule et sur l’amélioration de l’efficacité énergétique du moteur...."
Refuser d'entrer dans la compétition pour la mobilité électrique à PàC à H² par crainte des "technologies de rupture" peut s'analyser de deux façons.
Soit, celle qui semble avancée, les coûts de développement et de fabrication ne permettront pas de produire un véhicule grand public à moins de 15.000 € avant 2020; ceci peut se comprendre dans un soucis de retour rapide sur investissement mais augure mal de la place de ces constructeurs et équipementiers dans les chaînes de fabrication des véhicules du futur et donc sur le marché automobile mondial

L'autre explication, moins avouable, pourrait-être une collusion d'intérêts de "rentiers" entre les pétroliers soucieux de continuer à vendre des hydrocarbures fossiles ou de substitution, et complémentairement de justifier la recherche et l'exploitation des pétroles et gaz de schistes, et des équipementiers et une filière mécanique pas pressés de remettre en question la "vache à lait" que constitue l'automobile thermique avec tous les accessoires (carburation, graissage, pistons, bielles, soupapes, vilebrequins ...)  rendus obsolètes dès lors qu'on adopte la motorisation électrique

En tout état de cause, la filière hydrogène est sur orbite, et refuser d'embarquer vers ces nouveaux horizons énergétiques constituerait une erreur stratégique majeure.

Jean Claude LE MAIRE

NB: D'après "Le Monde" : Des sources naturelles d'hydrogène ont été découvertes, la recherche a été confiée à ...... l'IFPEN (Institut Français du Pétrole et des Energies Nouvelles )





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